Le monde social est balisé, marqué, divisé. Des frontières sociales, plus ou moins perceptibles, délimitent des groupes sociaux, des espaces de vie, des lieux d’échanges, mais aussi des lieux de ségrégation ; elles traversent le quotidien des familles.
Mais comment appréhender ces frontières ? L’éducation, reçue et donnée dans les familles, avec ses continuités et ses ruptures, permet de suivre leur traçage. Sans cesse réinventée, elle contribue désormais moins à reproduire qu’à produire des frontières.
Dans un monde où l’ascension sociale promise par le système éducatif est hypothétique, les familles et les individus déploient une grande énergie pour « bricoler » l’éducation donnée et « faire avec » les frontières. Celles-ci sont souvent subies, parfois déplacées, ou encore recherchées.
Avec Monique de Saint Martin et Mihaï Gheorghiu, une équipe internationale de sociologues s’est consacrée durant trois ans à comprendre ces différentes formes de jeu avec les frontières. Des histoires de vie et d’éducation familiales, inégalement marquées par l’instabilité - familles immigrées, familles des classes populaires, des classes moyennes ou des bourgeoisies - sont ici restituées dans leur singularité.
Comment ces jeux de frontières se jouent-ils dans des contextes différents ? La perspective comparative proposée entre la France, le Roumanie, la Suède et le Brésil, met en évidence, dans chacun de ces pays, les processus dynamiques qui touchent très fortement les classes moyennes.
Les contributeurs :
Ana Maria Almeida, Barbara Bauchat, Pascale Gruson, Mariana Heredia, Elisabeth Hultqvist, Lucette Labache, Denis Merklen, Graziela Perosa, Daniella Rocha, Maria Silvia Rocha, Kimi Tomizaki, Judit Vari.
« La notion de frontière se révèle ainsi essentielle à la compréhension des groupes sociaux et au décryptage de l’espace social. D’une part les frontières délimitent les contours des différents groupes (certains, par exemple »les jeunes des cités« sont identifiés à l’endroit où ils habitent) et établissent la séparation avec les autres. D’autre part, les frontières ouvrent des espaces d’échange et de rencontre pour que les groupes communiquent entre eux, comme lorsque dans les fêtes ou sur les terrains de jeu participent des individus que tout sépare par ailleurs. Ainsi repérée, cette notion constitue un outil particulièrement pertinent pour réfléchir sur les formes et les modalités des rapports sociaux entre des groupes appartenant à des sociétés touchées par des processus plus ou moins forts de recomposition du social, et de précarisation. »