« Il y avait ce qu’elle perdait, il y avait ce que je perdais. Des pertes de vue. De perte en perte, on ne s’y retrouvait plus ni l’une, ni l’autre. Nous étions perdus. Elle, elle négligeait tout, perdue dans les vapeurs de la drogue. Elle semait derrière elle, comme le Petit Poucet, ses téléphones portables, ses vêtements, ses sacs, son argent, sa vie qu’elle vidait ça et là, comme une poubelle trop pleine de déchets. Moi, je perdais mon temps à la chercher, à la ramasser, mon argent à la retrouver, à la soigner, à la garder. Je perdais mes autres enfants en voulant la soigner. »
Après un premier roman « Suicidez-moi »(2004), « Entre six et huit » (2005), Patricia Campagne nous offre une plongée dans l’univers de la toxicomanie, celle d’une jeune fille de bonne famille dont chaque shoot, chaque ligne l’éloigne un peu plus de la rive familiale. Sa mère, la narratrice et on le devine, l’auteure elle-même décrit pas à pas la lente descente aux enfers de son enfant, ses nuits fracassées qui s’écoulent à tenter de la récupérer, ses planques pour confondre les dealers, les cures de désintox vaines le plus souvent, les cauchemars, la folie, la haine, les cris, la douleur, la famille qui chavire, se perd, la perd...
Récit de douleur, « La mauvaise fréquentation » est également un témoignage sur la déflagration psychologique produite par l’irruption de la drogue, des drogues au sein d’une famille. Loin des confessions convenues et rabattues « d’enfants terribles » du showbiz ou du témoignage soigneusement sordide et moralisateur d’un ex-jeune junky à la dérive, les mots de Patricia, ses maux, aussi glaçants, cliniques et entêtant soient-ils, sont ceux d’une mère qui souffre...